Grand Inga : La Corap exige plus de transparence, de participation citoyenne et de garanties pour les populations 

La Coalition des organisations de la Société civile pour le suivi des réformes et de l’action publique (Corap) appelle le gouvernement congolais à renforcer les mécanismes de transparence, de redevabilité et de participation citoyenne dans la mise en œuvre du projet Grand Inga, particulièrement dans sa composante Inga 3.

Dans une déclaration rendue publique le 4 novembre 2026 à Kinshasa, cette plateforme de la société civile a estimé que ce projet stratégique ne doit pas être évalué uniquement à travers sa capacité de production électrique ou son attractivité pour les investisseurs, mais surtout au regard de ses retombées concrètes sur les populations congolaises.

Réagissant aux conclusions de la réunion tenue le 26 octobre 2026, à Paris, entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis, avec l’implication de la Banque mondiale, la Corap a exprimé ses préoccupations concernant les orientations annoncées, notamment la coordination bilatérale, la contribution financière de l’État congolais, le cadre légal et la clarification du format d’Inga 3.

Pour cette constellation d’ONG, en effet, l’accélération du projet ne doit en aucun cas se faire au détriment des exigences de transparence, de redevabilité, de participation citoyenne et de justice environnementale.

Des communautés locales au cœur des préoccupations

Parmi les principales préoccupations soulevées par la plateforme a figuré la protection des communautés susceptibles d’être affectées par le projet, notamment dans la province du Kongo Central.

La Corap a dit considérer qu’aucune décision engageant les terres, les moyens de subsistance et l’avenir de ces populations ne devrait être prise sans leur participation effective. Elle a ainsi plaidé pour leur représentation dans les mécanismes de gouvernance, le respect du consentement libre, informé et préalable (Clip), lorsqu’il est applicable, ainsi que leur accès aux informations relatives au projet.

L’organisation a également insisté sur la nécessité d’une gouvernance inclusive, garantissant une véritable implication des communautés locales et des organisations de la société civile dans les processus décisionnels.

Les financements publics doivent profiter aux Congolais

Pour la Corap, la contribution financière annoncée de l’État congolais, notamment pour la réalisation des ouvrages communs, constitue une autre source de préoccupation.

Selon cette plateforme, les investissements publics doivent être justifiés par des bénéfices clairement établis pour la population. Cela implique notamment la publication des coûts, des risques financiers, des engagements des différentes parties, des modalités du partenariat public-privé et des mécanismes de répartition de l’électricité produite.

La Corap a estimé que l’investissement public doit permettre à l’État de conserver un contrôle effectif sur le projet, tout en garantissant une meilleure maîtrise des impacts sociaux et environnementaux. « Il ne devrait pas avoir pour objectif principal de sécuriser les intérêts des investisseurs privés« , a insisté le regroupement d’ONG.

Remise en question de la pertinence du projet de loi Grand Inga 3

Sur le plan juridique, cette plateforme de la Société civile a également exprimé des réserves concernant le projet de loi spécifique consacré à Grand Inga 3.

S’appuyant sur une analyse réalisée avec ses partenaires de la société civile en 2026, la Corap a estimé que la nécessité d’adopter une loi particulière pour ce projet n’est pas suffisamment démontrée, alors que la RDC dispose déjà d’un arsenal juridique encadrant le secteur de l’électricité, les finances publiques, l’environnement, le foncier et les forêts.

Plusieurs risques sont ainsi évoqués, notamment les possibilités de dérogations aux législations existantes, les exonérations fiscales et douanières étendues susceptibles de réduire les recettes publiques, la concentration excessive des pouvoirs au sein de l’ Agence pour le développement du projet Inga (ADPI-RDC), ainsi que les risques de favoritisme et l’insuffisance des mécanismes de transparence et de redevabilité.

La plateforme a, par ailleurs, relevé que le texte accorderait une place insuffisante aux fonctions écologiques du fleuve Congo, à la pêche, aux moyens de subsistance des populations riveraines et aux services écosystémiques.

Sa position est donc sans équivoque : le projet de loi Grand Inga 3 est inopportun en l’état et mérite un réexamen approfondi avant toute adoption.

L’accès à l’électricité, une priorité pour les populations

Au-delà des enjeux institutionnels, financiers et environnementaux, la Corap a rappelé que la finalité première du projet doit rester l’amélioration de l’accès à l’électricité en RDC.

Elle a souligné que le développement d’Inga 3 constitue un projet de long terme dont les retombées pour les ménages dépendront notamment de la disponibilité des infrastructures de transport et de distribution ainsi que des choix de répartition de l’énergie produite.

Dans cette perspective, elle a appelé les autorités à ne pas faire de Grand Inga une réponse unique au déficit énergétique du pays. Cette constellation d’ONG a plutôt recommandé d’accélérer les investissements dans les réseaux électriques, les mini-réseaux, les solutions solaires décentralisées et les autres technologies adaptées aux réalités locales, particulièrement dans les zones rurales et périurbaines.

Cinq recommandations adressées aux autorités et aux partenaires

Pour garantir une meilleure gouvernance du projet, la Corap a formulé plusieurs recommandations à l’endroit du gouvernement congolais, du Parlement, des partenaires américains et de la Banque mondiale.

Elle a notamment demandé la publication des mémorandums d’entente (MoU), des études réalisées ou financées, des coûts, des engagements financiers, des options techniques ainsi que des informations relatives à la sélection des partenaires et à la répartition de l’électricité.

Elle a également recommandé de ne pas adopter le projet de loi Grand Inga 3 en l’état, de garantir la participation effective des communautés concernées, de clarifier la vision nationale et les bénéfices attendus du projet, et de faire de l’accès équitable à l’électricité une priorité immédiate.

Un projet stratégique attendu au tournant de la redevabilité

En définitive, pour la Corap, la réussite du Grand Inga ne saurait se mesurer uniquement à la puissance électrique installée ou au volume des investissements mobilisés. Elle devra surtout, selon la plateforme, se traduire par un accès plus équitable à une électricité fiable et abordable, des bénéfices tangibles pour les communautés locales, le respect des droits humains et la préservation des écosystèmes.

À travers cette déclaration, la Corap a ainsi rappelé aux décideurs nationaux et aux partenaires internationaux que le Grand Inga doit avant tout être un projet au service du développement de la RDC et de ses populations, et non un investissement dont les bénéfices échapperaient aux premiers concernés.

LDM

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